la Harpe et le Champignon - Acte II
ACTE II
Les
montagnes, à la frontière du royaume de Fergon. Une prairie. Une lauzière
délabrée dans le décor.
montagnes, à la frontière du royaume de Fergon. Une prairie. Une lauzière
délabrée dans le décor.
Premier tableau
À l’extérieur de la lauzière.
Scène
première
première
LE
MONTAGNARD
MONTAGNARD
(Le montagnard porte un cor alpin.)
Yodelé, Yodeléï
Quelle agréable
journée !
journée !
Le ciel si bleu,
le vent si doux
le vent si doux
Sous le soleil du
mois d’août
mois d’août
C’est une heureuse
randonnée.
randonnée.
Yodelé, Yodeléï
Yodelé, Yodeléï
Au milieu de la
verdure
verdure
Nul ne viendra me
quereller
quereller
J’ai plaisir à
m’isoler
m’isoler
Seul au milieu de
la nature.
la nature.
Yodelé, Yodeléï
Yodelé, Yodeléï
Éveillant monts et
vallées,
vallées,
L’écho répond à
mes chansons,
mes chansons,
À la tierce, à
l’unisson,
l’unisson,
La mélodie s’en
est allée.
est allée.
Yodelé, Yodeléï
Yodelé, Yodeléï
(Le montagnard joue de son instrument.
Choudasté et Choudago, accompagnés de la fanfare
dirigée par Silasol, s’approchent.)
Choudasté et Choudago, accompagnés de la fanfare
dirigée par Silasol, s’approchent.)
Quel est ce bruit
dans le lointain
dans le lointain
Écoutez-moi ce
tintamarre.
tintamarre.
Qu’ai-je à faire
d’une fanfare ?
d’une fanfare ?
Quelle musique de
crétins !
crétins !
Yodelé, Yodeléï
Je n’ai point
besoin d’orchestre,
besoin d’orchestre,
D’accordéon ni de
biniou,
biniou,
D’aucune leçon de
vous
vous
Pour souffler dans
mon cor alpestre.
mon cor alpestre.
Yodelé, Yodeléï
Yodelé, Yodeléï
(La fanfare se rapproche et couvre la tyrolienne.)
❖
À la fin, c’est insupportable ! Quelle est cette
bande de malappris qui viennent jusqu’ici me briser les rotules, en plus des
oreilles ? Nos montagnes s’étendent jusqu’à l’infini, ou peu s’en faut, et
il faut justement qu’ils viennent par ici ! je n’en peux plus de les
entendre. Allons-nous-en !
bande de malappris qui viennent jusqu’ici me briser les rotules, en plus des
oreilles ? Nos montagnes s’étendent jusqu’à l’infini, ou peu s’en faut, et
il faut justement qu’ils viennent par ici ! je n’en peux plus de les
entendre. Allons-nous-en !
❖
Scène II
CHOUDASTÉ –
CHOUDAGO – SILASOL – CHŒURS de musiciens
CHOUDAGO – SILASOL – CHŒURS de musiciens
SILASOL
La fanfare
En a marre.
CHŒURS
Au pas cadencé
Nous avons assez
D’arpenter cette montagne,
Et la fatigue nous gagne.
LE JOUEUR DE SOUBASSOPHONE
Avec cet engin sur le dos,
Mon vieux soubassophone en do,
Croyez-vous que ce soit facile ?
SILASOL
Ne faites pas l’imbécile !
Eûtes-vous choisi plutôt,
Instrument à la mesure
De votre oisive nature,
Le triangle, on vous l’assure,
Ou la flûte piccolo.
CHŒURS
La fanfare
En a marre
Lassée de ces
monts gravir.
monts gravir.
Elle ne peut plus
servir
servir
Les pauses et les
soupirs,
soupirs,
Les croches et
doubles-croches,
doubles-croches,
Sons compter les
anicroches.
anicroches.
Nous n’y pouvons
plus tenir.
plus tenir.
Votre royale
fanfare
fanfare
En a vraiment
marre.
marre.
❖
CHOUDASTÉ
Ainsi, vous voulez rentrer chez vous ? Le roi
vous avait pourtant ordonné de nous escorter jusqu’à ce que nous ayons trouvé
l’enfant et sa harpe.
vous avait pourtant ordonné de nous escorter jusqu’à ce que nous ayons trouvé
l’enfant et sa harpe.
SILASOL
Nous avons fouillé tout le royaume en pure perte.
Qu’espérez-vous trouver dans ces montagnes ? La ligne de crêtes forme la
frontière. Il n’y a que ce taudis que nous n’avons pas visité. Il n’y a pas
plus de harpe que de tambour à piston. Nous dirons au roi que nous n’avons pas
trouvé.
Qu’espérez-vous trouver dans ces montagnes ? La ligne de crêtes forme la
frontière. Il n’y a que ce taudis que nous n’avons pas visité. Il n’y a pas
plus de harpe que de tambour à piston. Nous dirons au roi que nous n’avons pas
trouvé.
CHOUDAGO
Il vous fera pendre.
SILASOL
Ça nous est égal. La caisse claire donne le rythme. En
avant ! Une, deux.
avant ! Une, deux.
(La fanfare s’éloigne en jouant.)
Scène III
CHOUDASTÉ
– CHOUDAGO – DARIANA
– CHOUDAGO – DARIANA
CHOUDASTÉ
Les musiciens ont raison. Nous avons ratissé tout le
pays, depuis Dan jusqu’à Béer-Shéba, sauf cette bicoque.
pays, depuis Dan jusqu’à Béer-Shéba, sauf cette bicoque.
CHOUDAGO
Nous n’y trouverons rien. D’ailleurs, je suis épuisé.
CHOUDASTÉ
Moi aussi, et je meurs de faim.
CHOUDAGO
Redescendons dans la vallée.
CHOUDASTÉ
Écoute !
CHOUDAGO
Quoi ?
CHOUDASTÉ
N’entends-tu rien ?
CHOUDAGO
Non.
CHOUDASTÉ
Une toute petite voix de soprano.
CHOUDAGO
Oui. Une chanson dans la montagne. Cela nous change de
ces bourrins avec leur hélicon.
ces bourrins avec leur hélicon.
CHOUDASTÉ
Pon, pon, pon pon...
(La chanson de Dariana se rapproche. La jeune bergère
apparaît enfin sur scène, avec quelques moutons.)
apparaît enfin sur scène, avec quelques moutons.)
❖
DARIANA
Dans ma blonde
crinière
crinière
Sans aucune manière
S’amuse le vent
Ma longue toison bouclée
Caresse ma peau hâlée
Au soleil brûlant.
Seule, cachée par les herbages
Au milieu de mes pâturages,
J’aime la chanson du ruisseau,
J’entends la brise en l’arbrisseau.
L’onde dessine mon visage,
Me réjouit de sa fraîcheur,
Mon front se couronne de fleurs
Et je contemple mon image.
Je suis la belle Dariana.
Loin des rues de la ville
Mon sommeil est tranquille
Quand survient la nuit.
Et sous la voûte étoilée
Une fantasque nuée
Voyage sans bruit.
Mes brebis me donnent la laine
Pour
en protéger la vilaine
en protéger la vilaine
De
la honte et la nudité,
la honte et la nudité,
Des
frimas la brutalité.
frimas la brutalité.
De
leur lait je fais mon fromage
leur lait je fais mon fromage
Et
me substante de pain gris.
me substante de pain gris.
J’ai
mon festin d’un grain de riz
mon festin d’un grain de riz
Et
de pissenlit mon potage.
de pissenlit mon potage.
Je
suis la pauvre Dariana.
suis la pauvre Dariana.
Quelle clarté m’inonde !
Tant de joie dans ce monde !
Et tant de bonheur !
J’y établis mon empire,
C’est la vie que je désire,
Au milieu des fleurs.
Malgré
mes douleurs et mes peines,
mes douleurs et mes peines,
Je
suis plus riche qu’une reine.
suis plus riche qu’une reine.
Je
possède la liberté,
possède la liberté,
Ce
beau trésor immérité.
beau trésor immérité.
J’ai
pour moi toutes ces prairies,
pour moi toutes ces prairies,
Personne
ne vient m’y troubler.
ne vient m’y troubler.
Qui
voudrait ici m’accabler ?
voudrait ici m’accabler ?
Seule
en tes montagnes chéries,
en tes montagnes chéries,
Tu
es heureuse, Dariana.
es heureuse, Dariana.
❖
CHOUDASTÉ
Quelle
jolie voix ! Si cet imbécile de Silasol était resté dix minutes de plus,
il l’aurait engagée dans sa chorale.
jolie voix ! Si cet imbécile de Silasol était resté dix minutes de plus,
il l’aurait engagée dans sa chorale.
CHOUDAGO
Elle
est très jeune.
est très jeune.
CHOUDASTÉ
Elle
est belle. Quel dommage qu’elle soit aussi mal habillée !
est belle. Quel dommage qu’elle soit aussi mal habillée !
CHOUDAGO
C’est
une bergère, pas une marquise.
une bergère, pas une marquise.
CHOUDASTÉ
Elle
nous donnera bien un peu de lait de ses brebis, si nous le lui demandons
gentiment.
nous donnera bien un peu de lait de ses brebis, si nous le lui demandons
gentiment.
CHOUDAGO
Allons-y !
❖
DARIANA
Quelle clarté m’inonde ! Tant...
(Un lion rugit.)
Allez, viens, je t’attends.
(Le lion apparaît. Les moutons se cachent derrière
Dariana qui lui fait face.)
Dariana qui lui fait face.)
❖
CHOUDAGO
Cette pauvre
enfant est perdue. Qu’y pouvons-nous faire ?
enfant est perdue. Qu’y pouvons-nous faire ?
CHOUDASTÉ
Il n’y a pas
assez de viande pour un lion dans une petite fille. Quand il aura fini son
entrée, nous lui servirons de plat de résistance. Sauvons-nous !
assez de viande pour un lion dans une petite fille. Quand il aura fini son
entrée, nous lui servirons de plat de résistance. Sauvons-nous !
CHOUDAGO
Pas si sûr,
regarde un peu.
regarde un peu.
(Le lion
s’apprête à attaquer Dariana. Celle-ci arme une fronde qu’elle porte à sa
ceinture et abat le fauve.)
s’apprête à attaquer Dariana. Celle-ci arme une fronde qu’elle porte à sa
ceinture et abat le fauve.)
DARIANA
Je te l’ai bien
descendu, celui-là !
descendu, celui-là !
❖
Je ne suis qu’une pauvre fille
À
la fois fragile et gentille,
la fois fragile et gentille,
Mais
qui s’en prend à mes moutons,
qui s’en prend à mes moutons,
Qu’il
soit ours ou bien lion,
soit ours ou bien lion,
Craindra
les feux de ma colère.
les feux de ma colère.
Il
a beau menacer, rugir,
a beau menacer, rugir,
J’ai
ma fronde pour l’estourbir.
ma fronde pour l’estourbir.
Je
l’abats d’une seule pierre.
l’abats d’une seule pierre.
Elle
est terrible, Dariana.
est terrible, Dariana.
❖
(Elle arme de
nouveau sa fronde.)
nouveau sa fronde.)
Messieurs, je
vous prie de garder une distance respectueuse. Ne vous avisez surtout pas de me
toucher. Un pas de plus et je vous éclate la tête comme une vieille potiche.
vous prie de garder une distance respectueuse. Ne vous avisez surtout pas de me
toucher. Un pas de plus et je vous éclate la tête comme une vieille potiche.
CHOUDASTÉ
Tout va
bien ! Nous sommes sous le règne de la confiance !
bien ! Nous sommes sous le règne de la confiance !
CHOUDAGO
Ne nous faites
pas de mal. Nous sommes égarés et à bout de force. Donnez-nous juste un peu de
pain, un peu de lait, et nous nous en irons.
pas de mal. Nous sommes égarés et à bout de force. Donnez-nous juste un peu de
pain, un peu de lait, et nous nous en irons.
DARIANA
Le soleil vient
de disparaître derrière les montagnes. Seuls les nuages flamboyants trahissent
sa présence. Il fera bientôt nuit. Vous ne pouvez pas redescendre dans la
vallée maintenant ; vous allez vous rompre le cou. Allez, ne faites pas de
manières, entrez dans ma hutte. Nous dînerons ensemble et vous y passerez la
nuit.
de disparaître derrière les montagnes. Seuls les nuages flamboyants trahissent
sa présence. Il fera bientôt nuit. Vous ne pouvez pas redescendre dans la
vallée maintenant ; vous allez vous rompre le cou. Allez, ne faites pas de
manières, entrez dans ma hutte. Nous dînerons ensemble et vous y passerez la
nuit.
❖
Deuxième tableau
À l’intérieur de la lauzière. Le décor est misérable, le
repas est frugal.
repas est frugal.
Scène IV
DARIANA – CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
DARIANA
Bienvenue dans ma lauzière,
Modeste maison de pierres.
Si vous cherchez le confort
Sous mon toit, vous avez tort.
Le sol de terre battue
La longue pierre étendue,
Une planche pour sommier,
Voilà tout mon mobilier.
Quant au repas, je regrette,
Pour agrémenter la fête
J’ai du pain noir et du lait.
CHOUDASTÉ
Mais c’est un dîner parfait.
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
Oui,
quel festin, quelle bombance !
quel festin, quelle bombance !
Mets
raffinés en abondance.
raffinés en abondance.
Nous
sommes repus, satisfaits,
sommes repus, satisfaits,
À
l’hôtesse le plein respect.
l’hôtesse le plein respect.
❖
DARIANA
Je suis heureuse
que vous ayez apprécié ce repas frugal, mais il fait déjà nuit. C’est l’heure
d’aller au dodo.
que vous ayez apprécié ce repas frugal, mais il fait déjà nuit. C’est l’heure
d’aller au dodo.
CHOUDASTÉ
Mais nous ne
saurions jamais tenir à trois sur ta planche.
saurions jamais tenir à trois sur ta planche.
DARIANA
Quoi ? Vous
plaisantez, j’espère. Je vous donne une couverture à chacun et vous dormirez
par terre. Je suis vraiment désolée, mais ma cabane est le seul hôtel de la
région.
plaisantez, j’espère. Je vous donne une couverture à chacun et vous dormirez
par terre. Je suis vraiment désolée, mais ma cabane est le seul hôtel de la
région.
CHOUDASTÉ
Eh bien !
Pour la quatrième étoile au Michelin, c’est raté.
Pour la quatrième étoile au Michelin, c’est raté.
(Du coffre qui
lui sert d’armoire, Dariana sort trois couvertures, ainsi qu’une harpe
primitive. Choudasté et Choudago poussent des cris d’effroi en voyant
l’instrument.)
lui sert d’armoire, Dariana sort trois couvertures, ainsi qu’une harpe
primitive. Choudasté et Choudago poussent des cris d’effroi en voyant
l’instrument.)
DARIANA
Mais, ça ne va
pas ? Qu’est-ce qui vous prend, tous les deux ?
pas ? Qu’est-ce qui vous prend, tous les deux ?
❖
Quelle folie !
Que justifie
Un tel émoi
Et tant
d’effroi.
d’effroi.
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
Quelle furie,
Quelle harpie
Nous a dirigés
sous son toit ?
sous son toit ?
DARIANA
J’aimerais bien comprendre.
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
Coquine, c’est
pour nous pourfendre
pour nous pourfendre
Qu’avec ces
dehors de bonté,
dehors de bonté,
Ce semblant
d’hospitalité,
d’hospitalité,
Tu nous séduis,
perverse
perverse
Et d’un arc nous
transperce.
transperce.
DARIANA
Vous êtes fous,
Je le confirme.
Votre caillou
Serait infirme.
Allez-vous-en !
Car je crains
qu’à ce régime
qu’à ce régime
Vous ne
commettiez un crime
commettiez un crime
Et ne répandiez
mon sang.
mon sang.
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
Le nôtre gèle à
ton audace.
ton audace.
Cette arme
informe tu brandis.
informe tu brandis.
Je crois que tu
es un bandit.
es un bandit.
Pourquoi cet arc
a-t-il autant de cordes ?
a-t-il autant de cordes ?
(Dariana éclate de rire.)
DARIANA
Allons !
Cessons
Cette ridicule
discorde.
discorde.
Une seule corde
suffit
suffit
Pour transpercer
un abruti
un abruti
Mais ma flèche
mortelle,
mortelle,
Où donc
est-elle ?
est-elle ?
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
Qu’importe,
Fuyons !
La porte,
Voyons...
Courons vers la vallée,
Campagne
désolée.
désolée.
Et tant pis
S’il fait
nuit ;
nuit ;
Et tant pis
S’il fait noir.
DARIANA
Quel grand
courage !
courage !
Il serait sage
De vous
rasseoir.
rasseoir.
Prenez-vous la
pauvre bergère
pauvre bergère
Pour une
indomptable mégère.
indomptable mégère.
Ce diatonique
instrument
instrument
Qui vous affole
tant et tant
tant et tant
Mais n’a jamais
tué personne
tué personne
Ne peut blesser
que vos tympans
que vos tympans
Car ce sont
cordes qui résonnent.
cordes qui résonnent.
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
Ah bon ?
DARIANA
Contre les
loups, j’ai mon bâton,
loups, j’ai mon bâton,
Pour lutter,
c’est très efficace.
c’est très efficace.
J’ai quelques
pierres en besace
pierres en besace
Pour me défendre
du lion.
du lion.
S’ils me veulent
chercher crosse,
chercher crosse,
Avec ce bon
bois, je les rosse,
bois, je les rosse,
Mais pour tuer
l’ennui, ma foi,
l’ennui, ma foi,
J’ai ma harpe.
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
T’as
ta quoi ?
ta quoi ?
❖
DARIANA
Eh bien !
ma harpe. Qu’ai-je encore dit qui vous met dans tous vos états ? Vous êtes
vraiment des gens bizarres.
ma harpe. Qu’ai-je encore dit qui vous met dans tous vos états ? Vous êtes
vraiment des gens bizarres.
CHOUDAGO
Ce bout de bois
tendu avec des fils de fer, ça s’appelle une harpe ?
tendu avec des fils de fer, ça s’appelle une harpe ?
DARIANA
Mais oui.
CHOUDASTÉ
Et tu sais en
jouer ?
jouer ?
DARIANA
Évidemment. Vous
voulez entendre ?
voulez entendre ?
CHOUDAGO
Avec le plus
grand plaisir. Une harpe !
grand plaisir. Une harpe !
❖
DARIANA
(Elle chante en
s’accompagnant de sa harpe.)
s’accompagnant de sa harpe.)
Quel effroi vous égare ?
De ma harpe bizarre
Avez-vous si peur ?
Douze cordes bien tendues,
Une tessiture étendue,
Pour votre bonheur.
Une agréable mélodie,
Une délicieuse harmonie
S’envole par-dessus mes doigts.
De mes fines lèvres la voix
Se faufile, vibrante et claire.
Elle offre à chacun la chaleur,
Le réconfort et la lumière
Et l’espoir aux vives couleurs.
Brillante artiste, Dariana.
CHOUDAGO
Je n’ai plus mal à l’épaule !
N’en riez pas l’affaire n’est pas drôle.
Ce douloureux membre infirme et meurtri,
Ta musique l’a guéri.
❖
CHOUDASTÉ
Ainsi donc, tu
es l’enfant que nous cherchons.
es l’enfant que nous cherchons.
DARIANA
En quel
honneur ?
honneur ?
CHOUDAGO
Tu as beau
habiter le lieu-dit le plus reculé du royaume, tu as tout de même entendu
parler de la maladie de notre bien aimé roi Fergon.
habiter le lieu-dit le plus reculé du royaume, tu as tout de même entendu
parler de la maladie de notre bien aimé roi Fergon.
DARIANA
Le roi n’a cure
de ma misère et je n’ai cure de sa maladie. Qu’il se prenne un
médicament !
de ma misère et je n’ai cure de sa maladie. Qu’il se prenne un
médicament !
CHOUDASTÉ
Eh bien !
justement, le médicament, c’est toi.
justement, le médicament, c’est toi.
DARIANA
C’est pour
rire ?
rire ?
CHOUDAGO
Un nommé
Philippullus, qui se tient pour un grand prophète, a justement prophétisé que
seul un enfant jouant de la harpe pouvait le guérir.
Philippullus, qui se tient pour un grand prophète, a justement prophétisé que
seul un enfant jouant de la harpe pouvait le guérir.
CHOUDASTÉ
Nous avons
fouillé tout le royaume, tel une botte de foin, à la recherche d’une aiguille.
fouillé tout le royaume, tel une botte de foin, à la recherche d’une aiguille.
CHOUDAGO
Et cette
aiguille, nous l’avons enfin trouvée : c’est la jolie Dariana, ici
présente.
aiguille, nous l’avons enfin trouvée : c’est la jolie Dariana, ici
présente.
DARIANA
Messieurs, vous
êtes des flatteurs ; je ne suis pas aussi belle que vous le prétendez.
êtes des flatteurs ; je ne suis pas aussi belle que vous le prétendez.
CHOUDASTÉ
Viens avec nous,
jeune bergère. Nous t’en supplions. Tu seras traitée comme une princesse, et
tes parents pourront venir avec toi.
jeune bergère. Nous t’en supplions. Tu seras traitée comme une princesse, et
tes parents pourront venir avec toi.
DARIANA
Mes
parents ? Je n’en ai point. Si le lion m’avait tuée hier soir, personne ne
m’aurait enterrée. Personne ne sait que j’existe ; je vis toute seule du
lait de mes brebis.
parents ? Je n’en ai point. Si le lion m’avait tuée hier soir, personne ne
m’aurait enterrée. Personne ne sait que j’existe ; je vis toute seule du
lait de mes brebis.
CHOUDAGO
Justement.
Philippullus n’avait-il pas précisé que cet enfant à la harpe devait être
orphelin ?
Philippullus n’avait-il pas précisé que cet enfant à la harpe devait être
orphelin ?
CHOUDASTÉ
Il l’a dit, en
effet.
effet.
CHOUDAGO
Alors, tu es
bien l’élue qui sauvera notre roi.
bien l’élue qui sauvera notre roi.
DARIANA
Si je m’en vais
avec vous, qui prendra soin de mes moutons ?
avec vous, qui prendra soin de mes moutons ?
CHOUDASTÉ
Il y a
suffisamment de prairies sur les terres du roi. Tes moutons viendront avec toi.
Mais ne perdons pas un instant, Sa Majesté souffre depuis trop longtemps.
suffisamment de prairies sur les terres du roi. Tes moutons viendront avec toi.
Mais ne perdons pas un instant, Sa Majesté souffre depuis trop longtemps.
DARIANA
Toutes les
aventures de ce soir m’ont épuisée. Allons dormir. Je réfléchirai cette nuit et
vous donnerai ma réponse demain matin.
aventures de ce soir m’ont épuisée. Allons dormir. Je réfléchirai cette nuit et
vous donnerai ma réponse demain matin.
Ah oui !
juste un dernier détail.
juste un dernier détail.
(Elle trace un
sillon dans la terre avec l’extrémité de son bâton.)
sillon dans la terre avec l’extrémité de son bâton.)
Qu’il ne vous
vienne surtout pas la mauvaise idée de profiter de mon sommeil pour venir me
tripoter. Je vous interdis de franchir cette ligne.
vienne surtout pas la mauvaise idée de profiter de mon sommeil pour venir me
tripoter. Je vous interdis de franchir cette ligne.
❖
Le cormier est un
bois solide,
bois solide,
On en fait des roues de moulin.
Si vous voulez rester valide,
Ne jouez pas trop les malins.
Je ne permets pas qu’on me touche
Et si jamais vous essayez
D’effleurer ma peau de la bouche
Je saurai bien vous étriller.
À tous deux une bonne nuit,
Dormez en paix, dormez sans bruit.
Voyez bien ce trait dans la terre.
Ne passez pas cette frontière.
C’est du cormier, c’est du solide.
CHOUDASTÉ – CHOUDAGO
Il
n’est pas inutile
n’est pas inutile
De
nous montrer dociles.
nous montrer dociles.
Son
petit bout de cormier
petit bout de cormier
Risquerait
de nous cogner.
de nous cogner.
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